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Guide pratique

Foisonnement des terres : pourquoi le volume évacué dépasse le volume creusé

Une terre extraite gonfle de 10 à 60 % : comprendre le coefficient de foisonnement, le calcul des rotations et son effet sur le budget.

Comprendre un devis

Pourquoi 50 m³ creusés font 65 m³ à évacuer

C’est l’une des lignes de devis les plus mal comprises. Le client a calculé le volume de sa fouille, il trouve 50 m³, et le devis parle de 65 m³ à évacuer. Il n’y a ni erreur ni gonflage : il y a le foisonnement. Une terre en place est un matériau tassé par des siècles de compaction naturelle. Dès que le godet la casse, la structure se désorganise, de l’air s’intercale entre les particules, et le volume augmente.

Ce gonflement n’est pas anecdotique. Selon la nature du matériau, il représente de 10 à 60 % de volume supplémentaire. Comme l’évacuation se facture au volume transporté et non au volume creusé, c’est le foisonnement qui décide du nombre de rotations de camion, donc d’une part importante du coût final d’un terrassement.

On distingue deux notions. Le foisonnement initial est le gonflement immédiat, juste après extraction : c’est celui qui compte pour le transport. Le foisonnement résiduel est ce qui reste après remise en place et compactage : c’est celui qui compte quand on réutilise la terre en remblai. Un matériau bien compacté retrouve un volume proche de son volume d’origine ; un matériau simplement poussé au godet reste gonflé et se tassera tout seul, plus tard, au mauvais endroit.

Ordres de grandeur

Le coefficient de foisonnement selon le matériau

Le coefficient de foisonnement (Cf) est le rapport entre le volume après extraction et le volume en place. Un Cf de 1,25 signifie que 10 m³ creusés deviennent 12,5 m³ en benne. Voici les fourchettes couramment retenues sur les chantiers, à titre indicatif : la valeur réelle dépend de la teneur en eau, du mode d’extraction et de la finesse du matériau.

MatériauCoefficient indicatifPour 50 m³ en place
Terre végétale1,10 à 1,2555 à 62 m³
Sable et grave propre1,10 à 1,2055 à 60 m³
Terre argileuse humide1,25 à 1,4062 à 70 m³
Marne et argile compacte1,30 à 1,4565 à 72 m³
Roche tendre rippée1,35 à 1,5067 à 75 m³
Roche dure abattue au BRH1,45 à 1,6572 à 82 m³

Valeurs indicatives de foisonnement initial, à ajuster selon l’humidité et la méthode d’extraction.

Méthode

Calculer le nombre de rotations de camion

Le calcul tient en quatre opérations. Prenons une fouille de piscine de 9 m sur 4,5 m, creusée à 1,60 m de profondeur, dans un terrain argilo-calcaire courant sur la plaine de Carqueiranne.

1. Volume en place. 9 × 4,5 × 1,60 = 64,8 m³. On ajoute les sur-largeurs de travail sur le pourtour de la fouille, souvent 30 à 50 cm de chaque côté pour permettre la mise en œuvre : on arrive facilement à 75 m³.

2. Volume foisonné. Avec un coefficient de 1,30 pour une terre argileuse, 75 × 1,30 = 97,5 m³ à transporter.

3. Capacité du camion. Une benne de chantier transporte selon son gabarit 8, 12 ou 16 m³. Attention : la limite est souvent le poids avant le volume. Une terre humide pèse 1,6 à 1,9 tonne par m³ foisonné, ce qui sature la charge utile bien avant de remplir la benne.

4. Nombre de rotations. 97,5 m³ divisés par 12 m³ donnent 9 rotations, contre 6 si l’on avait raisonné sur le volume creusé sans foisonnement. Trois rotations d’écart, c’est une demi-journée de camion et de chauffeur.

1,30Coefficient courant en argile
12Benne de chantier type
1,8 t/m³Densité d’une terre humide
9 rotationsPour une fouille de piscine
L’impact réel sur le prix du chantier
Budget

L’impact réel sur le prix du chantier

Sur un terrassement de maison ou de piscine, l’évacuation pèse souvent autant que le creusement lui-même. Le coût se décompose en trois postes : le chargement (temps de pelle), le transport (temps de camion et carburant, proportionnel à la distance aller-retour), et la réception en filière autorisée, facturée à la tonne ou au m³ selon le site.

Une sous-estimation du foisonnement fausse donc les trois postes en même temps. C’est pour cette raison qu’un devis rigoureux annonce un volume foisonné estimé et précise l’hypothèse retenue, plutôt que de facturer à l’aveugle. Cela permet aussi d’ajuster honnêtement si le sol rencontré s’avère plus rocheux que prévu, un cas fréquent dès qu’on creuse sur les coteaux calcaires de la rade de Toulon.

Autre paramètre local : la distance. Les déblais ne se déposent pas n’importe où, et les sites habilités à les recevoir ne sont pas toujours à côté du chantier. Vingt kilomètres supplémentaires par rotation, multipliés par neuf rotations, changent sensiblement la facture.

Économie de chantier

Réduire le volume évacué par le réemploi sur place

Le mètre cube le moins cher est celui qui ne monte jamais dans un camion. Avant de tout évacuer, il vaut la peine d’examiner ce que la parcelle peut absorber. Sur un terrain en pente, fréquent aux Oursinières, à Tamaris ou sur les coteaux de Sanary, l’équilibre déblai-remblai permet parfois de supprimer la moitié des rotations : ce qui est retiré en amont sert à remonter le niveau en aval.

Ce qui peut être réemployé

Tous les matériaux ne se valent pas. Une grave ou un matériau graveleux propre fait un excellent remblai. Une terre argileuse peut servir en remblai paysager, en modelage ou en talus, mais pas sous un dallage ni sous une structure de voirie, car elle reste sensible à l’eau. La terre végétale, elle, ne se met jamais sous un ouvrage : elle est précieuse pour les massifs et le futur gazon, et se stocke en andain de moins de deux mètres de haut pour ne pas l’asphyxier.

Les pistes concrètes

  • Équilibrer déblai et remblai dès la conception du projet
  • Réutiliser les déblais propres en remblai technique compacté
  • Modeler un talus ou une butte plutôt que d’évacuer
  • Conserver la terre végétale pour les espaces verts du projet
  • Concasser sur place les gravats inertes quand le volume le justifie
  • Adapter la profondeur du projet au niveau naturel du terrain

Une précaution toutefois : un remblai réemployé doit être mis en œuvre correctement, par couches de 20 à 30 cm compactées, sinon le foisonnement résiduel se transforme en tassement différé. Une terrasse posée sur un remblai mal serré s’affaisse dans les deux ou trois ans qui suivent, et la reprise coûte plus cher que les rotations économisées.

Questions fréquentes sur le foisonnement

Le foisonnement se facture-t-il vraiment au client ?

Ce n’est pas une ligne séparée du devis, mais il est intégré au volume d’évacuation. Une entreprise qui chiffre le transport sur le volume géométrique creusé se trompe elle-même et devra corriger en cours de chantier. Mieux vaut un devis qui annonce clairement un volume foisonné estimé et le coefficient retenu, quitte à paraître plus élevé au premier regard.

Pourquoi la roche foisonne-t-elle autant ?

Parce qu’elle passe d’un bloc massif et continu à un amas de fragments angulaires qui ne peuvent pas s’emboiter. Les vides entre les blocs sont importants et irréguliers. Une roche calcaire abattue au brise-roche hydraulique atteint couramment 1,5 fois son volume en place, parfois davantage si la fragmentation est grossière et les blocs de grande taille.

Un sol humide foisonne-t-il plus qu’un sol sec ?

Une argile humide se décolle en mottes qui piegent beaucoup de vides, et son coefficient grimpe. Elle pèse aussi plus lourd, ce qui réduit le volume chargeable par camion à charge utile constante. Après un épisode pluvieux méditerranéen, un même terrassement peut donc demander plus de rotations qu’en période sèche, pour un volume creusé identique.

Peut-on vendre ou donner sa terre à un voisin ?

Un matériau sain peut trouver preneur sur un chantier voisin qui cherche du remblai, ce qui évite le coût de dépôt. Encore faut-il que la distance et le timing coïncident, et que le matériau convienne à l’usage visé. Une terre végétale de qualité intéresse souvent les particuliers ; une argile lourde, beaucoup moins.

Combien de m³ rentre-t-il vraiment dans un camion benne ?

Cela dépend du gabarit et surtout du poids. Une benne de 12 m³ est rarement remplie à ras avec de la terre humide : à 1,8 tonne le mètre cube, la charge utile est atteinte avant le volume. Les matériaux légers, comme une terre végétale sèche, permettent au contraire de charger le volume complet.

Le foisonnement joue-t-il aussi sur les remblais ?

Oui, mais dans l’autre sens. Pour combler un vide de 10 m³ avec un matériau d’apport, il faut commander davantage que 10 m³ livrés, car le compactage réduit le volume foisonné du camion. On applique alors un coefficient de réduction. Ne pas en tenir compte, c’est se retrouver à court de matériau à la fin du remblaiement.

Faire estimer le volume réel de votre chantier

Une visite sur place permet de qualifier le sol, d’estimer le volume foisonné et de chiffrer les rotations. Devis sous 48 heures au 07 46 73 52 00.

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